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Tradition / Innovation... La danse du temps

Non pas un affrontement mais une certaine polémique s’anime sur ce thème qui nous ramène à l’éternel débat entre les acquis et les découvertes qui viennent les bousculer, entre la fidélité et la curiosité, la conservation et la recherche, l’histoire et le futur qui se rencontrent dans un présent toujours en création.

« Les femmes orientales ont l’avantage de posséder la tradition… » entend-on parfois… À cela on peut répondre : « il y a aussi un avantage de ne pas en avoir une» …ou plutôt à venir d’une culture qui nous donne accès à des danses de tous les coins du monde, nous permettant de voir comment elles expriment toutes des facettes de l’être humain et reflètent les réalités historiques et environnementales dont elles sont issues. Leur rencontre fait aussi partie de l’Histoire et nous y participons.

Pourtant si toutes ces danses nous parviennent c’est qu’elles ont été soigneusement conservées par des gens soucieux de préserver leur authenticité. Il est important qu’il en soit ainsi pour garder leur intégrité, leur diversité et leur originalité. La culture plonge loin ses racines, il y a des saveurs inimitables, et c’est bien ainsi. Les traditions riches d’enseignements millénaires sont une valeur inestimable et une grande source d’inspiration pour la danse actuelle et future. Il est aussi important de les préserver que d’étendre leur influence dans de nouvelles formes.

Il ne faut pas oublier non plus que de tous temps les échanges entre les cultures, la créativité humaine et beaucoup d’autres facteurs ont influencé les arts et fait évoluer les traditions. Les gitans, entre autres, y ont beaucoup contribué en ce qui concerne la musique et la danse en préservant des traditions réprimées, en transportant des influences tout en donnant une place à la spontanéité de l’énergie créatrice.

Pour ma part, ma nature changeante fait que je m’ennuierais à faire deux danses de suite dans le même style. J’aime mélanger les couleurs afin d’obtenir des teintes encore inexprimées. En peinture, on peut faire à partir de cinq couleurs de base (jaune, rouge, bleu, blanc et noir) l’infinité des nuances et pour obtenir la couleur de la peau, de n’importe quelle race, humaine, il faut du blanc, du noir, du jaune et du rouge en proportions variables… La danse, art mouvant par excellence, ne connaît comme réelle limites que celles de nos capacités gestuelles et expressives, très variables d’une personne à une autre. La musique elle aussi évolue entre ses traditions, ses rébellions et ses associations nouvelles. Le musiciens aussi se sentent planétaires, se visitent et créent ensemble des musiques propices à la fusion des styles.

J’aime bien rassurer celles qui se font du soucis avec le purisme en leur disant qu’il serait dommage de ne se permettre que des choses authentiques et déjà existantes, car on se priverait de tout ce qu’il est encore possible de découvrir et d’agencer de façon inédite. L’important, comme le dit Artemis Mourat, c’est de savoir ce qu’on fait.

Je pense que l’authenticité c’est d’abord d’être soi-même. Vous voulez présenter quelque chose de style traditionnel? C’est très bien, irremplaçable… Vous voulez créer à partir de votre propre recherche? Voilà qui est unique! …Osez!

Peut-on imaginer le monde sans mémoire?
Peut-on l’imaginer sans innovations?



Dô (Dominique Favreau)